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Finalement, pourquoi une telle expédition ?

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De retour au bercail, tout semble être resté à sa place. Pourtant ces trois semaines de voyage prennent pour moi la dimension d'une vie. Si l'heure devrait être aux retrouvailles, c'est surtout de bilan dont il est question. L'empreinte carbone d'un tel voyage n'est pas négligeable alors que tout l'enjeu de cette mission est de lutter contre le changement climatique. C'est maintenant que tout commence, valoriser cette expérience unique en profitant de l'intérêt qu'elle suscite pour inspirer le plus grand nombre.   Je commence à comprendre les mots de Barney Swan, le fils de Robert Swan : 'si tu veux être écouté, fais quelque chose de grand'. Je n'imaginais pas qu'autant de personnes suivraient mon blog et surtout à quel point ils attendaient le récit de ce qui, pour eux, est une véritable aventure. Cette mission me donne l'occasion d'être invité dans des réunions pour raconter cette expédition. On m'offre près de 45 mi...

Du Cap Horn au passage Beagle pour dire au revoir à Ushuaïa

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Les marins ont un dicton : accoster à Ushuaïa par beau temps, c'est la certitude de revenir un jour. Si seulement... Après un passage Drake relativement calme (pas plus de 3m de houle), le capitaine nous a fait le plaisir de passer par le cap Horn au soleil levant avant de s'engouffrer dans les eaux calmes du passage Beagle qui séparent l'Argentine du Chili. Cette météo clémente nous a permis d'assister dans d'excellentes conditions à la dernière conférence sur le climat. On nous rappelle que l'augmentation de température de 1,5°c risque d'être atteinte avant 2040. Ce qui aura pour conséquence l'élévation du niveau de la mer et l'apparition de phénomènes extrêmes (canicules, cyclones...) beaucoup plus fréquents et surtout de plus grande intensité.  L'expert revient également sur un point dont je n'avais pas pris conscience jusqu'ici: il est important d'électrifier le plus vite possible tous nos équipements (à commencer par les transp...

Passage Drake : le retour !

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2 jours de navigation pour retrouver la terre ferme et un passage Drake moins rock'n roll que prévu. Personne ne s'en plaindra ! La navigation en pleine mer est une expérience très particulière, l'espace autour de nous semble infini tandis que notre espace de vie à bord est lui bien limité. Avec les 3m de houle, impossible de s'adonner à la lecture ou à nos chers écrans. On touche du doigt le quotidien des marins, une sorte d'aventure intérieure. Sur un bateau chaque ressource doit être exploitée. Parmi les participants venant des 4 coins du monde, nous avons la chance de compter de nombreux talents, une prof de yoga, une méditante... Cette dernière traversée sera l'occasion de partager de nouvelles activités multiculturelles.   En milieu de journée, un couple de dauphins nous prend en chasse, leur vitesse est impressionnante, ils finissent d'ailleurs par nous distancer. La nature a encore une fois le dernier mot et c'est très bien comme ça !     Krill t...

Deception Bay, quand la nature a le dernier mot

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Deception Island, tout un programme. Le bateau se fraye un chemin dans l'étroit passage qui nous donne accès au centre de l'ile. Cette île n'est autre qu'un volcan immergé toujours en activité de 30km de diamètre. Les vapeurs d'eau au bord en attestent. Le paysage est lunaire, fantomatique, tout semble avoir été laissé sur place à la hâte. Et en effet, l'histoire de cette île est tragique.       Cette île fut d'abord le théâtre de l'exploitation intensive de la fourrure de phoques au début du 19eme siècle et s'est transformée ensuite en une véritable usine de fabrication d'huile de Baleine. Cette huile était à l'époque utilisée comme source d'énergie. De très nombreux bateaux venaient s'abriter ici pour "préparer" les baleines avant d'en extraire l'huile à terre, stockée dans d'immenses barils encore présents sur la plage. Ce sont plus de 2 millions de baleines qui ont été décimées ici.     Finalement avec la déc...

Il pleut en Antarctique !

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Triste journée pour l'Antarctique. Il pleut des cordes alors qu'à cette saison, au mieux, il devrait neiger. Étant dans l'hémisphère Sud, nous rentrons en effet dans l'hiver austral tandis que l'Europe retrouve les beaux jours. Ce matin les géants qui nous entourent ne sont pas des baleines mais d'immenses icebergs. Je n'ai pas réussi à en faire tenir un sur une photo alors je vous ai fait cette petite vidéo qui donne une idée de leur taille. J'ose à peine imaginer la quantité d'eau que cela représente, et c'est bien sous cette forme que finira ce géant.    La pluie ne cesse de tomber et la mer commence à se former, nous rappelant des souvenirs mitigés de la traversée du passage Drake... Passage qui attend patiemment notre venue dans quelques jours et qui a certainement prévu un dernier rock 'n roll avant de nous laisser repartir... J'ai enfin eu l'opportunité d'interviewer en exclusivité Robert Swan. Un grand moment. Je lui ai mo...

Réveil au milieu des baleines et rencontres inspirantes

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Depuis que nous sommes sortis du tant redouté passage Drake, nous alternons entre explorations et ce que les anglo-saxons appellent des "lectures". Un joli nom emprunté à la langue française pour désigner les conférences que les experts à bord nous délivrent. Difficile de dire à ce stade si nous tirons plus d'enseignements de ce que la nature nous offre ici ou de ces très nombreuses rencontres inspirantes. Ce matin le souffle des baleines nous a littéralement scotché. Malgré leur masse imposante, elles se déplacent dans l'eau glacée avec une grâce incroyable. Par chance, leur population augmente depuis quelques années car elles sont désormais protégées (entre 1880 et 1930, 2.5 millions de baleines ont été décimées). Nous tenons nos distances pour ne pas les déranger et sommes parfois surpris de les voir s'approcher. On se sent minuscule à coté de ces géants, leur souffle est profond, puissant. Ce sont elles qui décident de nous tolérer dans leur environnement. Auj...

Premiers pas en Antarctique...

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Enfin nous mettons pieds à terre. Cette terre que bon nombre d’explorateurs ont payé de leur vie, avec les pingouins et les phoques pour seuls témoins. Nous sommes tous très excités de pouvoir enfin débarquer mais n’avons que peu de mérite de le faire depuis ce bateau ultra moderne, emmitouflés dans nos vêtements techniques dernier cri. La beauté des lieux se mérite et nous sommes extrêmement privilégiés de pouvoir l’apprécier autrement que sur un écran. Le privilège d'être ici ne fait qu’accentuer la dette que nous avons envers ce continent. C’est tout le paradoxe de cette mission. Plus les jours passent et plus nous sommes convaincus de la nécessité de protéger l’Antarctique, pour préserver sa beauté bien sûr, sa biodiversité aussi, mais surtout sa glace dont sa fonte est une réelle menace pour nous tous. Le nombre d’icebergs autour de nous est assez impressionnant. Je suis pour ma part bien incapable de dire si c’est le résultat du réchauffement mais les chiffres des scientifiqu...

Réveil dans le canal Lemaire

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Après cette première sortie en zodiac, nous réalisons que nous sommes bel et bien en Antarctique. On réalise aussi qu’à partir de maintenant, chaque journée est à la fois une première et une dernière… Notre présence ici est exceptionnelle, nous sommes si loin, l’environnement est tellement hostile, le froid, le vent, la neige… L’être humain n’a vraiment pas sa place ici. Nous sommes dans le royaume des baleines, des pingouins et des phoques. Même avec toutes nos épaisseurs sur le dos nous ne pouvons rivaliser. Hier soir, nous avons pu diner en compagnie de Robert Swan après sa conférence sur les techniques de prises de parole en public. L'occasion de revenir sur les raisons de notre présence ici.                                                   avec la mascotte des CE2/CM1 de l'école J. D'Ormesson !        ...

Nous sommes en Antarctique !

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Premières glaces, premiers icebergs et premières baleines ! Nous y sommes enfin, la neige ne cesse de tomber mais il ne nous tarde que d’une seule chose : monter sur les zodiacs et partir explorer cet univers incroyable. Nous voilà donc dans la "mud room" à chausser nos bottes étanches et vêtir notre gilet de sauvetage. Tout le monde est surexcité. Les zodiacs nous attendent amarrés à la porte latérale et nous sortons un par un pour aller s’installer dans l’embarcation recouverte de neige. Nous nous frayons un chemin à travers les nombreux morceaux de glace quand soudain un souffle interrompt nos discussions…Ce sont 3 baleines en train de chasser un banc de krill, ces minuscules crevettes qui constituent la nourriture préférée de la faune locale. On se sent minuscule au milieu de tous ces géants, baleines et iceberg, le décor est à couper le souffle. Et ceci n’était qu’un entrainement car nous n’avons pas encore mis pied à terre. Si la météo nous l’accorde nous devrions ten...

Navigation dans les mers les plus hostiles de la planète

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Nous laissons derrière nous Ushuaïa sous un ciel bleu d’azur pour évoluer vers la sortie du passage Beagle qui sépare l’Argentine du Chili. Cette ambiance estivale ponctuée par l’apparition de dauphins ne présage en rien ce que nous allons vivre par la suite. 2 jours sans voir la Terre dans un océan qui se déchaine à mesure que l’on progresse. Une expérience unique dans les mers les plus hostiles de la planète. Notre bateau, l’Ocean Victory, dispose des toutes dernières technologies pour à la fois maximiser son autonomie mais aussi notre confort grâce à son système de stabilisateurs. Pourtant face à cette houle de 6m nos corps sont mis à rude épreuve. La position allongée reste la seule tolérable et on ne peut s’empêcher de penser aux marins qui ont traversé ces mers dans des conditions bien plus rudimentaires, parfois même en solitaire. Dans ce passage Drake, on ne peut être que de passage... La météo nous le rappelle à chaque instant.   Je mesure aussi maintenant la distance qu...

Sous les galets… le plastique c'est pas fantastique !

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On a tous vécu la désillusion d’arriver sur un site d’exception souillé par des déchets laissés par les précédents visiteurs ou tout simplement portés par le vent. Au bout du monde aussi, nos négligences nous rattrapent et viennent se cacher sous le moindre galet. Départ pour la plage, sous un ciel bleu d’azur après un footing matinal pour aller admirer le lever de soleil du pied du glacier. Nous n'allons pas ramasser des coquillages mais du plastique. En arrivant sur ce site magnifique entouré de montagnes enneigées, nous sommes presque déçus de ne voir aucun sac plastique déposé  par le vent pour justifier notre présence.   Mais très vite nous découvrons que ce sont en fait des tous petits morceaux de plastiques qui se cachent entre les galets. Et c’est bien pire car ce sont ces minuscules morceaux de plastique que les poissons mangent, intégrant ainsi une longue chaîne alimentaire qui se termine dans notre assiette.      Et bien sûr la mascotte des élèves de ...